Première Chinoise demi-finaliste d’un tournoi majeur, elle s’attaquera demain à Serena Williams. Venus, elle, rencontrera Dementieva.
Philippe Bouin, L'Equipe
Qualifiées pour les demi-finales sans avoir perdu un set, les sœurs Williams sont les favorites logiques du tournoi. Mais, opposée à Serena demain, Zheng Jie a coupé hier sa troisième tête de série du tournoi. Elena Dementieva, elle, a combattu ses démons avant d’éliminer Nadia Petrova.
ALLO JUSTINE ? Toujours aucun regret ? Franchement ? Oui, à la vue du tournoi féminin de Wimbledon 2008, on ne peut s’empêcher de penser que Justine Henin a eu une bien curieuse idée d’arrêter le tennis. Malgré le respect généré hier par les gagnantes des quarts de finale, il était difficile de combattre l’impression que la Belge aurait possédé cette année une chance unique de remporter le seul grand titre manquant à son palmarès.
En son absence, après la faillite de sa remplaçante, Ana Ivanovic, assurée cependant de garder la première place mondiale après le tournoi, les sœurs Williams occupent le premier rang sur la photo de groupe. Elles ont parfaitement endossé hier leur rôle de favorites dans les premiers quarts de finale du Grand Chelem sans la moindre joueuse du top 4. Serena a croqué la trop tendre Agnieszka Radwanska (6-4, 6-0) ; Venus a assommé Tamarine Tanasugarn (6-4, 6-3) avec des salves de premier service au-dessus de 200 km/h. La cadette a cependant laissé une plus forte impression que l’aînée, tenante du titre, sortie du court en boitant légèrement. « Je pense que j’étais fatiguée. J’avais dû courir sur le dernier point », ironisa-t-elle, avant d’admettre que la cuisse gauche la taquine parfois.
Un mur galopant
Ce ne sont cependant pas les sœurettes qui ont créé l’événement hier, mais bien Zheng Jie (133e mondiale), première demi-finaliste chinoise d’un tournoi du Grand Chelem. Admise dans l’épreuve grâce à une wild-card due à son titre en double avec Yan Zi en 2006, ce petit bout de femme n’en finit plus de faire le ménage dans le tableau. Après Ana Ivanovic (numéro 1 mondiale), Agnes Szavay (15e), elle a dégommé une nouvelle tête de série hier, celle de Nicole Vaidisova (22e) (6-2, 5-7, 6-1). Parfaite représentante de l’école Sharapova, la jeune Tchèque semblait retrouver du tonus après un début d’année catastrophique qui lui avait coûté dix places au classement. Mais, comme Ana Ivanovic, elle ne parvint jamais à comprendre que plus elle tapait fort et en cadence, plus la balle lui revenait vite après avoir rebondi sur ce mur galopant.
Petite, très basse sur ses appuis, Zheng Jie est autrement mieux adaptée à une surface qui exige de plier les jambes qu’une grande sauterelle de 1,83 m. Quand, en plus, la sauterelle est équipée de nerfs à vif, le face-à-face tourne obligatoirement au supplice. Pourquoi, après avoir réussi à assagir son jeu pendant le deuxième set, Nicole Vaidisova se remit-elle à éparpiller hors limite des frappes de coup droit à démolir la muraille de Chine ? Sans doute ne le sait-elle pas elle-même.
« Oups ! Voilà que ça recommence ! »
Demain, contre Serena Williams, Zheng Jie ne pourra pas compter sur semblable geste de charité. Confrontée à l’Américaine à Wimbledon, en 2006, elle n’avait réussi à marquer que quatre jeux. Mais c’était avant de gagner le double et de se hisser, quelques mois plus tard, à la 27e place mondiale. Avant aussi que la rééducation nécessaire à la guérison d’une grave entorse à la cheville, l’an dernier, ne la durcisse un peu plus.
C’est à Roland-Garros qu’Elena Dementieva dit s’être durci le caractère, le mois dernier, lors de son quart de finale perdu contre Dinara Safina après avoir laissé filer une balle de match. Hier, sur le Centre Court, on crut bien qu’elle allait revivre la même désillusion quand, après avoir surclassé Nadia Petrova au point de mener 6-1, 5-1, elle se laissa rejoindre à 5-5, puis regarda passer deux balles de match dans le tie-break avant de perdre le deuxième set.
« Je me suis dit : “Oups !” voilà que ça recommence ! raconta-t-elle, tout sourire. Alors je suis allée changer de robe au vestiaire. J’ai essayé de me convaincre que j’avais gagné le deuxième set 7-6. Et ça m’a donné de l’énergie pour le troisième. » Il lui en restait plus qu’à sa rivale, très éprouvée par une chaleur étonnante pour l’endroit (27 oC). Malgré cette énergie et son classement de cinquième mondiale, elle ne partira pas favorite dans sa première demi-finales à Wimbledon, contre la quadruple lauréate de l’épreuve.
Philippe Bouin, L'Equipe